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EchaPresse > expo Sisley

_ LYON : MUSEE DES BEAUX ARTS _

Alfred Sisley Poète de l'Impressionnisme

Du 10 octobre 2002 au 6 janvier 2003, le  Musée des Beaux-Arts de Lyon proposait une exposition exceptionnelle sur l'un des plus grands peintres impressionnistes: Alfred SISLEY (1839-1899). Nous pouvons légitimement considérer Alfred Sisley comme l'un des représentants les plus méconnus cependant que peut-être le plus pur, de ce mouvement.

sisley Chemin montant (1878/1879) ©Studio Basset
Lyon, Musée des Beaux-Arts

Alfred Sisley est né à Paris d'un couple anglais qui s'y est établi pour affaires. Sisley passera l'essentiel de sa vie en France, mais il restera anglais jusqu'à sa mort en 1899 à Moret-sur-Loing. Non pas qu'il ait refusé d'être naturalisé français, mais toutes ses démarches en ce sens n'ont jamais abouties, avec même un refus des autorités françaises de l'époque.
Sisley est l'exact contemporain de Cézanne, Monet, Morisot, Renoir et Bazille, qui formeront avec lui le Groupe des Impressionnistes.
Il a dix-huit lorsque son père l'envoie à Londres pour y être formé au commerce. Mais peu porté sur le monde des affaires, son intérêt se tourne vers la peinture et il découvre Constable et Turner. De retour en France en 1860, sur les conseils de son ami Bazille il s'inscrit dans l'atelier de Gleyre où il rencontrera Renoir et Monet. Il sait déjà qu'il veut être, presque exclusivement, peintre paysagiste.
Parallèlement à ses études à Paris, Sisley comme ses amis fait de longues excursions en forêt de Fontainebleau où il peint en plein air, méthode dont il ne se départira plus. Il séjourne à Barbizon, puis à Chailly et à Marlotte. Dans le même temps, il fréquente Monet, Pissarro, Renoir. Il a une grande admiration pour Corot.
En 1866 deux de ses toiles sont admises au Salon.
En 1867, tout comme Bazille, Cézanne, Monet, Pissarro et Renoir, Sisley est refusé au Salon. Il est le premier à signer la pétition demandant la création d'un Salon des Refusés.
La même année, Eugénie Lescouezec, sa femme de toujours, donne à Alfred son premier enfant: Pierre. Le 29 janvier 1869, c'est Jeanne-Adèle qui rejoint Pierre dans le foyer Sisley.

photo site mairie-lyon

L'univers mouvant du ciel, l'univers mouvant de l'eau, c'est son leitmotiv. Le ciel, la terre, l'eau, l'herbe.. avec des silhouettes comme signe discret de la présence des hommes et de leur activité.    La couleur d'un moment, une heure, un jour, une saison, voilà ce qui fait un tableau de Sisley.
ALFRED SISLEY, comme titre l'exposition de Lyon : LE POETE DE L'IMPRESSIONNISME.
  En plus d'être poète, Sisley est surtout un observateur hors pair. Quand il peint les inondations de la Seine en 1876, Sisley passe un cap: il devient le "journaliste", qui voit et qui rend compte des faits. Ses peintures sous des angles différents montrent mieux qu'une photo les crues de l'époque. Cette mise en perspective de la situation rend Sisley encore plus proche du journaliste que du peintre.
Il avait un don très prononcé pour rendre l'eau vivante et remuant le ciel. Les ciels de Sisley sont d'ailleurs réputés pour donner au reste du tableau une mouvance totale. Des ciels souvent nuageux, parfois nuageux parallèlement, qui laissent un passage où chemine la clarté. Le trait de point de vue de l'infini finit lui par rejoindre cette clarté.
Rendre compte, voilà qui semble bien être le maître mot de Sisley.
Nous rendre compte, un siècle après... Ses yeux ont vu, et Sisley nous montre encore aujourd'hui, à l'heure d'Internet où la connaissance file à la vitesse grand L-lumière... nous montre qu'un jour un artiste s'est posé et reposé des jours et des jours durant, devant la Seine, pour en peindre les caprices.
Les personnages de Sisley sont rares et pourtant très présents dans ses tableaux. Ce sont eux qui donnent vie et dimension à la terre, qui se positionnent comme des échelles de mesure sur la toile. Ces silhouettes procurent une mise en abîmes du reste du décor et du fond. Sisley est surtout un observateur hors pair

  Gérard Porte / bb [2003]
MBA Lyon

INTERVIEW

Nous avons demandé à Madame Dominique Brachlianoff,
conservateur en chef au Musée des Beaux-Arts de Lyon,
de nous parler de Sisley

Gérard Porte : Une question reste en suspens: pourquoi Sisley est-il si peu connu du grand public, même de nos jours?

 Dominique Brachlianoff : Oui, c'est vrai il est très peu connu par rapport aux grandes figures de l'impressionnisme que sont Renoir, Monet, Pissarro. Ils ont pourtant travaillé ensemble, et Sisley était très actif dans le mouvement. Je pense qu'il y a pas mal de facteurs qui entrent en jeu, le plus important étant que Sisley est resté un paysagiste pur. Il n'a fait que des paysages, et il s'est cantonné à peindre des régions relativement limitées. Il ne s'est pas aventuré, à part quelques petits voyages en Angleterre il est toujours resté dans les zônes où il habitait. Je pense que cela lui a beaucoup nui, comme une limitation de son inspiration, et alors que les autres abordaient le portrait, la figure, les vues de villes, le nu dans le paysage..
Sisley est resté dans le paysage, de plus géographiquement très circonscrit, voilà ce qui lui a beaucoup nui. Financièrement il était très limité, donc il ne pouvait pas trop se déplacer non plus. Les deux voyages qu'il a effectués au Pays de Galles lui ont été financés, ce n'est pas un hasard!

G.P. Je pense qu'en montrant les caprices de la Seine, en rendant compte de ce qu'il voit, Sisley fait une forme de journalisme. Partagez-vous mon avis?

 D.B. : Oui et non à la fois. L'oeil du journaliste, oui dans le sens qu'il a envie de donner une vue exhaustive de la réalité des paysages qu'il connaît et des événements qui se produisent, comme les inondations par exemple. Il fait des reportages des crues, l'eau qui monte l'eau qui redescend, et du spectacle de la nature... là il rend compte, oui. Le mot "journaliste", non car il ne rend pas compte d'une actualité ou événement actuel, il ne montre pas les répercutions sur les hommes, il ne traite pas l'événement comme un événement. Ce qui serait intéressant, ce serait de rechercher les journaux de l'époque pour voir le traitement de l'information sur ces inondations, est-ce qu'il y a eu des morts?, etc.

G.P. : Les personnages sur les toiles de Sisley donnent l'échelle de la dimension du reste de la peinture!?

 D.B. : Vous avez tout-à-fait raison, c'est très important ces petites figures. Elles sont totalement exquissées, elles se fondent dans la nature avec une petite note de couleur, mais parfaitement situées dans la composition elles donnent l'échelle, comme vous le dites. Ces personnages sont très importants, alors que paradoxalement ils sont insignifiants si l'on regarde de la façon dont ils sont traités, de façon très très rapide et très réduite. Mais ils sont très importants aussi pour caler le reste de la composition de la toile, ils sont toujours à des endroits très stratégiques, un chemin, un bord de rivière juste sur une note de couleur. Et puis, le personnage est très important dans la peinture de Sisley parce que ses paysages sont des paysages très façonnés par l'homme. Ce ne sont pas des paysages grands et sauvages. C'est comme la cristallisation du côté très humanisé des paysages, et c'est très important chez Sisley.

G.P. : La peinture de Sisley paraît très simple et à la fois nous avons l'impression que nous allons être aspirés par un tourbillon. Je pense à ses ciels, un cercle ou une spirale nous attire...

 D.B. : Totalement. Vous avez raison de dire cela, d'un coup d'oeil cela paraît très simple, c'est une peinture qui refuse le spectacle, le coup d'éclat. Sisley est beaucoup trop intimiste, tout en nuances, en recherche, il faut avoir une certaine délicatesse et une certaine attention pour pouvoir pénétrer dans son univers. C'est aussi un facteur qui fait que Sisley n'est pas très connu. Sa peinture est une peinture de la proximité du regard, il faut être près des oeuvres. Un tableau de Sisley, si vous passez comme ça, ne va pas vous attraper, au contraire d'un tableau de Monet par exemple. Il a une certaine simplicité à la Corot, qui du reste est un peintre qu'il a beaucoup admiré. Il a ce même rapport très simple, et volontairement simple, à la réalité du paysage. Bien sûr ce n'est pas simple, dans le sens que c'est un art très savant et que Sisley a eu toute sa vie un don de la composition de cette recherche. Tous ses tableaux sont très structurés et très classiquement composés, avec un art de l'équilibre des formes. Nous pouvons entrer dans un tableau par un chemin, un sentier, une route, le fleuve, l'équilibre du ciel, de l'horizon toujours très sensible. De cette simplicité apparente il y atoujours ce tourbillon, comme vous le soulignez. Il y a une sensation de profondeur dans ses oeuvres, de perspective, et même de vastitude des ciels qui englobent tout le paysage. Ce ne sont pas des oeuvres plates qui se résume à la surface de la toile. Nous sommes dans un univers à trois dimensions.

G.P. : Le parallèle du ciel, de droite et de gauche il y a des nuages, et au centre une clarté se dégage.

 D.B. : Oui, il y a comme un entonnoir. Sisley construit ses ciels comme pour mieux nous englober et le paysage avec. C'est très frappant, cela.

G.P. : Politiquement parlant Sisley était un rebelle ? Je pense à la pétition du Salon des Refusés...

 D.B. : Non, je ne pense pas. Quand Sisley commence à peindre dans les années soixante, soixante-dix, il fait partie de ces jeunes peintres qui sont un peu révolutionnaires au niveau de leur art et qui revendiquent une certaine avant garde et des nouveautés. Sisley est sûrement de gauche, en rupture avec la société, en revanche au niveau de la peinture il est clairement engagé auprès des rénovateurs que sont Monet, Renoir, Pissarro. Au même titre qu'eux il revendique la même chose, être reconnu et accueilli au Salon, et il signe la pétition. Mais je ne pense pas qu'il ait été rebelle

Nous remercions Madame Dominique Brachlianoff

1897-1899, ses dernières années..

1897 : Sisley part au Pays de Galles, il y peint une vingtaine de toiles. C'est seulement cette année là qu'il épouse Eugénie, après trente ans de vie commune.
1898 : Sisley souffre de névralgies très douloureuses. Il effectue une dernière fois les démarches pour l'obtention de la nationalité française, mais le dossier n'aboutira qu'après sa mort.
Le 8 Octobre de la même année, Eugénie meurt. Trop faible, Sisley ne peut assister aux funérailles.
1899, le 21 Janvier, Sisley fait venir auprès de lui Monet, qu'il prie de veiller sur ses enfants.
1899, le 29 Janvier : Alfred Sisley meurt. Il est enseveli le 1er Février au cimetière de Moret-sur-Loing.
et A LA MEMOIRE DE SISLEY, le 11 Juillet 1911 un monument est érigé par les habitants de Moret-sur-Loing.

MUSEE BEAUX-ARTS LYON
photo E-carte Ville de Lyon

MUSEE DES BEAUX ARTS de Lyon
20 place des Terreaux, 69001 Lyon
Tel +33 (0)4 72 10 17 40 - Fax +33 (0)4 78 28 12 45


le Musée sur site Ville de Lyon - sur le site tourisme.voila.fr - Direction des Musées de France
INFOS Sisley site Ville de Lyon - EXPO Sisley site Ville de Lyon

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10/02/2010